LES VILLES INVISIBLES #4

Cette 4ème édition des Villes Invisibles nous convie à plusieurs rendez-vous uniques et inédits.

Sa diversité n’a d’équivalent que sa qualité et les artistes invités d’honneur : Patrick Zachmann et Christina Zück, désormais habitués de nos événements, sont à la hauteur de ses enjeux. Leur travail résonne bien sûr intensément avec le contexte nîmois car ils abordent chacun à sa façon des questions universelles qui nous touchent au plus près : les agissements criminels liés aux trafics mafieux et les aménagement routiers qui s’ils peuvent avoir une utilité sont parfois d’une rare incongruité.

Suivant le fil de l’eau et de l’histoire, les Regards sur la Ville 2023, apportent encore une fois leur « touche » locale à notre programmation. Composé de photographes amateurs et professionnels, le Groupe RSV nourrie la mémoire des générations futures en apportant chaque année depuis 1997 son lot d’images et de réflexions. Se posant sur les infrastructures, sur les sites du traitement et de l’approvisionnement de l’eau à Nîmes et dans sa périphérie, les regards des photographes révèlent méticuleusement ce qui existe mais qui ne se voit pas… Un Nîmes secret et souterrain. Au passage, une autre histoire qui prend pied à la font de Nîmes, apporte un élément dissonant à cette exposition, révélateur lui aussi d’un passé trouble et enfoui où des habitants de la ville pris par la folie glaçante de l’immédiat après-guerre commettront un acte particulièrement sordide…

Des Regards sur la Ville, il en sera encore question au cœur de la (déjà) seconde édition d’ArtXiNîm agrémentée d’un concours qui permettra de construire sa 3ème édition. Prélevant dans les éditions passées et empruntant à des photographes de la ville, vivants ou décédés, leurs empreintes photoniques, l’exposition plongera au plus profond de l’architecture locale.

Que de bonnes raisons de nous suivre et de nous emboiter le pas en 2024 !

Patrice Loubon
Directeur artistique

REGARDS SUR LA VILLE : Histoires d'eau

CHANTAL AURIOL

« Au sud de Nîmes, aussitôt franchis le boulevard périphérique et l’autoroute, aussitôt dépassées les zones commerciales et industrielles, on se retrouve vite entouré de cultures agricoles. Si la forte pression d’urbanisation a fait chuter l’activité agricole sur ce territoire, une agriculture péri-urbaine s’est maintenue malgré l’extension de la ville.

 

Depuis l’origine de l’agriculture l’Homme a inventé des systèmes d’irrigation lui permettant de transformer des sols incultes en terre nourricière. Ici c’est la construction du canal Philippe LAMOUR dans les années 1960 qui a permis le développement des cultures dans le territoire au sud de Nîmes.

Après avoir suivi le canal des Costières et le canal de Campagne l’eau du Bas Rhône circule dans un réseau dense de canalisations souterraines jusqu’à des bornes d’irrigation d’où elle est distribuée.

Ces bornes ponctuent le paysage qu’il faut parfois scruter et pénétrer pour les découvrir. Si quelques-unes semblent abandonnées et appartiennent déjà au passé, d’autres se camouflent derrière la végétation et d’autres, enfin, font l’objet de complexes installations.

Elles nous rappellent le lien indissociable entre l’eau, la terre et l’agriculture et combien ce lien devient un enjeu essentiel de notre temps et de nos sociétés. »

FABRICE JURQUET

Comme une romanité du future

« Les impressionnants travaux hydrauliques réalisés après les inondations de 1988, en particulier sur les cours d’eau des Cadereaux au nord de Nîmes, ont créé une zone d’espaces plus ou moins vides de vie. Ces espaces réservés à l’écoulement des eaux de pluie prennent une part importante du territoire mais sont devenus quasiment invisibles. Ils constituent désormais un patrimoine qui n’est pas spécialement mis en valeur, peut-être parce que son rôle reste secondaire et sa construction particulièrement brute, basique. Et pourtant, il y a un rapport d’architecture au temps, à la mémoire, et pour une ville dite “romaine”, certains lieux rappellent ce passé historique : les agoras et les voies romaines.
Comme une romanité du futur.
Dans cette deuxième ville, sorte de ville souterraine, se révèle une architecture qui n’est pas pensée pour les humains tant par les dimensions des ouvrages que dans les structures elles-mêmes. Enrochements, déversoirs, grilles, piquets en fer, chenaux étroits, tunnels autorisent toutefois, par un trou béant, une passerelle, le passant à traverser, surveiller, observer ces lieux somme toute inhospitaliers. Je vous propose une déambulation dans ce boyau inconfortable dévoilant la transformation progressive d’un paysage rural vers un paysage urbanisé à l’extrême. Dans cet environnement paradoxal, des touches de couleur s’insèrent par intervalles entre des panoramiques en noir et blanc, comme des points de fuite pour le regard, des détails urbains utiles aux bipèdes que nous sommes, révélant une possible vie alentour. »

GERARD JEANJEAN

Buvons !!! De l’eau

« L’eau que nous buvons, habitants de l’agglomération Nîmoise provient en partie du Rhône, et c’est toute une histoire. En 1955, Philippe Lamour crée BRL et fait creuser un canal d’irrigation à partir du Rhône afin de mettre en valeur les terres méridionales du Gard dépourvues d’eau. Une dérivation proche de Nîmes permet d’alimenter une usine de potabilisation. De là un réseau de canalisations achemine l’eau potable à la partie ouest de Nîmes et aux villages environnants. Ce projet ambitieux a permis le développement agricole de toute une région depuis plus d’un demi siècle. Mais le changement climatique amène un questionnement quant au devenir du fleuve alimenté en grande partie par le glacier du Rhône qui selon les dernières études aura disparu d’ici la fin du siècle. En attendant je vous propose de découvrir en images quelques uns de ces ouvrages remarquables ayant permis outre la diversité agricole, la sécurisation en eau potable de la région et bien au-delà. »

LAURENCE CHARRIE

« Le Rhône, fleuve le plus puissant du pays, majestueux, nous livre son humanité ; les nîmois s’abreuvent de son excellence. Docile néanmoins, il se laisse capter, filtrer, purifier pour être bu à pleines gorgées.

Puis, son eau se trouve être malmenée ; le lavabo, la douche, les toilettes, les machines à laver, la piscine l’agressent et la polluent.On lui fait alors subir un grand toilettage. De cuves en tuyauteries, la voilà débarrassée de ses plus grosses impuretés ; traitées elles deviendront compost ; également biométhane, injecté dans le réseau de gaz.

Notre beau fleuve ne se reconnait plus et regarde de haut la petite rivière qu’il va rejoindre en fin de parcours. Mais, toujours généreux, il s’adonnera désormais à l’activité agricole.

Merci à Nîmes Métropole, particulièrement à Sabine Martin et son équipe qui ont eu la gentillesse de nous accompagner pour une visite passionnante du site. »

Pour plus d’explications, rejoindre le site :
www.nimes-metropole.fr

MARCELLE BOYER

« D’après les études réalisées de diverses fouilles archéologiques, des hommes et des femmes ont élu domicile sur la colline du mont Cavalier et y ont fait société depuis la période du Chalcolithique (3000 ans avant J.C.), peut-être du Chasséen (4350-3300 avant J.C.). C’est au milieu de l’âge du Bronze (2300 ans avant J.C.), qu’autour de cette source, commence véritablement l’histoire de Nîmes, lorsque débute une occupation permanente qui va durer jusqu’à nos jours. Il y a plus de 2000 ans, la source du jardin de la Fontaine à Nîmes, accueille un vaste ensemble cultuel, fruit d’un lien nouveau des habitants du lieu avec les dieux. Depuis et jusqu’à nos jours, la ville de Nîmes continue de se développer autour de ce cours d’eau.

Mon projet photographique consiste à suggérer ce que l’homme, depuis ces milliers d’années, a pu voir, ressentir en observant l’eau de cette source, qui en perpétuel mouvement, dépeint le temps qui passe.
Vu le contexte écologique, cette magnifique source sera-t-elle toujours présente dans quelques années pour être observée par les hommes et les femmes qui voudraient l’admirer ? »

 

* « De la source au jardin, la fontaine de Nîmes » -Véronique Krings & François Pugnière, Ed. Mergoil 2023

PATRICE LOUBON

La jeune fille au chevreau

 » En ce temps-là, pour ne pas châtier
les coupables, on maltraitait des
filles. On allait même jusqu’à les
tondre. « 

« Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête
Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre. »

Paul Eluard

•AGENDA • 

HISTOIRES D’EAU – Groupe de recherche Regards sur la ville. Du 1er décembre 2023 au 31 janvier 2024. Galerie NegPos Fotoloft : 1, cours Némausus, 30000, Nîmes.  

ARTXINÎM #2. Du 3 au 31 janvier 2024. Une exploration artXItecturale de Nîmes et Métropole à travers la collection du CAP NEGPOS. Du lundi au samedi de 13h à 18h ou sur rdv au 0622786972. Makespace NegPos : 34 promenade Newton, 30900, Nîmes.

UN PEZZO DI PAPA, un film de Patrick ZACHMANN. Au cinéma Le Sémaphore : rue Porte de France, 30000, Nîmes, le samedi 13 janvier 2024 à 11h. Au cinéma Le Capitole : 11 rue Xavier Sigalon, 30700, Uzès, le dimanche 14 janvier à 15h30. Au cinéma Le Méjan : 23 Quai Marx Dormoy, 13200 Arles, le samedi 13 janvier 2024 à 18h30

CONFERENCE & EXPOSITION « A100-Opération Béton » par Christina ZÜCK et Petra KÜBERT au CAUE du Gard, 29 rue Charlemagne, 30000, Nîmes, le mardi 30 janvier 2024 à 18h.