Damas, choses vues et entendues
« L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner, il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.»
Georges Perec, Espèces d’espaces, 1974
Inscrit dans la continuité de « Causa democratica»*, ce travail s’intéresse à ce qui n’est normalement pas digne de représentation, pas digne d’être mis en exergue par une photographie. Il vise à comprendre, prendre avec soi un territoire. Cela implique d’en donner une image qui relève de la plus pure subjectivité, aucune vision ne voulant dénoncer, prendre parti, ou même montrer avec la rigueur d’un géomètre. Non, il s’agit de partir à la rencontre de cette banalité du quotidien dans laquelle se trouve, selon André
Breton, le ressort poétique ; de saisir, comme l’écrit Albert Camus, l’opportunité d’un geste dans le paysage, bref de devenir un géomètre de hasard. C’est avec ces idées-là que j’ai abordé cette nouvelle recherche.
Mais chaque voyage réserve ses surprises…
Tout d’abord se documenter Aucun des guides sur la Syrie que je trouvais ne montrait d’images de Damas.
Avant mon départ, cette ville restait pour moi,
à proprement parler, inimaginable. C’était dans un territoire totalement vierge que j’allais atterrir.
Je décidai de m’y perdre, de me constituer « naufragé volontaires, de me laisser guider par une vue, une lumière, de décrire des cerces, de repasser plusieurs fois aux mêmes endroits, afin de sentir le mouvement, le rythme de Damas. Dans cette errance, je faisais des images, beaucoup d’images. Plus tard elles seraient là pour raconter l’histoire de cette ville, mon histoire dans cette ville.
Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette ville ?
Peu de temps après mon voyage la guerre a éclaté en Syrie.
Je n’y retoumerai pas pour garder en moi le
souvenir de cette ville avant…Ces images prennent alors un nouveau statut : celui d’images témoignage sur une ville avant la guerre.
*Cousa democratica: travail réalisé sur le nord
de la Sardalgne entre 2002 et 2007
Biographie
Jean-André Bertozzi, auteur photographe, né en 1969 et formé à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie à Arles, diplômé Master 2 en photographie. Il poursuit une recherche artistique sur ce qu’il nomme « le documentaire poétique ». Multipliant
les séries d’images, il s’attache à trouver, dans le proche ou le lointain,cette poésie qui se cache dans la banalité du quotidien. Pour lui, la photographie sert à se mettre en dehors du temps, pour reconsidérer l’espace. Il réalise, depuis plus de vingt ans de nombreuses expositions en France et à l’étranger. Ses images sont régulièrement publiées dans des catalogues d’expositions, ou dans des ouvrages monographiques (éditions actes sud, éditions Thierry Magnier, éditions Albiana…). Réalisateur il réalise notamment le film «La traversé Mocky»: un film entretien sur le réalisateur Jean-Pierre Mocky, dernier entretien avant sa disparition. Il travaille de façon régulière pour des musées et institutions muséales, ainsi que pour différents services de Yinventaire et du patrimoine (Musée de Bastia, Musée de la Corse-Corté, DRAC PACA, FRAC de Corse,
Service du Patrimoine de la ville d’Arles…), pour l’inventaire des
collections et l’édition des catalogues.
du 17 octobre 2025 au 31 janvier 2026
Galerie NegPos FotoLoft 1, cours Némausus 30000 Nîmes.
Du lundi au vendredi de 13h à 18h ou sur rdv.
https://negpos.fr – contact@negpos.fr – 06 71 08 08 16 -09 75 20 95 89
