Ceci n'est pas une photo #4

SYNTHETICA par Seb JARNOT

du 4 février au 25 mars 2022

À la découverte du travail de Seb Jarnot, artiste nîmois qui, bien que non-photographe, travaille la photo à sa façon.

L’expo SYNTHETICA* nous plonge dans des mondes entre rêve et réalité où se côtoient le sensuel et la mystique.

* Synthetica vient de synthétique : adjectif, qui se rapporte à la synthèse. Être ou chose qui rassemble, réunit en soi des éléments d'origines diverses.

Seb JARNOT

faille seb jarnot

Failles – Seb Jarnot

Bio :

Artiste, portraitiste, illustrateur, Seb a commencé sa carrière en réalisant des pochettes de disque pour le label parisien F Communications (Laurent Garnier, St Germain, Llorca etc…), ce qui lui a rapidement donné un éclairage international.
Depuis, son style mêlant énergie et sensibilité lui a permis de travailler dans des domaines très variés tels que la presse, la pub, l’édition et la musique toujours.

En parallèle de ses commandes, il développe un travail plus personnel et expérimental à travers le dessin et le collage principalement. 
Il expose régulièrement, participe à des projets collectifs et co-anime l’émission musicale Obscura Data avec Alex Viltard sur la webradio Rayvox. 
Seb vit et travaille à Nîmes.

« J’écoute les accidents »

Comme tous les enfants, j’ai commencé à dessiner très tôt. À une différence près, je n’ai jamais cessé car l’image en général me passionne et m’absorbe depuis mon plus jeune âge.
Vers 12 ou 13 ans, j’ai récupéré par hasard une importante collection du magazine « Photo » datant des années 70 à 80. 
Cette pile de magazines s’est transformée en une sorte de bible, ou une fenêtre ouverte sur un monde inconnu du jeune provincial que j’étais. Les images étaient puissantes : reportage sur le milieu gay des 70’s à NYC, archives sanglantes de la PJ, photos érotiques…
J’y ai aussi découvert le travail des grands noms de l’époque : Helmut Newton, Richard Avedon, Mary Ellen Mark, Joel-Peter Witkin, Larry Clark, Kishin Shinoyama et tant d’autres… 
La variété des photos de cette revue a contribué à construire mon univers, où le beau et le laid se croisent en une même fascination. Ce magazine a forgé mon regard. Il me servait de modèle pour dessiner. 
Depuis, j’ai conservé le gout des revus vintage.

Un autre déclic eut lieu vers 2008, lorsque j’ai croisé le travail de l’artiste américain Dash Snow, digne descendant de la contre-culture américaine, décédé à 28 ans d’une OD en 2009. Il était photographe mais aussi et surtout collagiste. Son approche sauvage de la pratique m’a fasciné, ainsi que son esthétique à la fois brute et intime. C’est à cette période que j’ai réalisé mon premier collage.

Comme pour le dessin, mon travail de collage ne s’embarrasse pas de concept. Je suis plutôt en quête de perceptions, d’ambiances, de sensations, de subliminal où le non-dit est roi. 
Je n’aime pas créer des images explicites ou directes, je préfère le flou, le questionnement et la désorientation. 
J’aime aussi cacher les choses. Un morceau de photo entièrement recouvert par d’autres par exemple. Il existe, même invisible, et continue à hanter l’image.  J’aime à croire que, bien que seul à le savoir, les autres en perçoivent encore la trace.
J’ai une vision assez mystique du collage.

Quand je travaille, je suis guidé par la sensibilité, la synchronicité et l’amour de la chose imprimée, de préférence post années 90, car l’impression, les couleurs et le papier n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui.
 
Je commence un collage par l’association de deux ou trois images (ou morceaux d’images) qui crée chez moi une sorte de prémonition émotive. Ensuite, passée cette intuition, le processus peut être assez long avant d’obtenir l’image finale. 
N’ayant pas de projet précis ou un concept créatif fixe, j’écoute les accidents, je me perd dans les couleurs et les trames, puis souvent je trouve… ailleurs.

Il y a aussi la musique. Elle tient une place centrale dans mon univers créatif. C’est certainement ma principale influence. J’y puise les notions de rythme, de silence, de bruit, de profondeur, d’écho, de superposition, etc. et les applique à l’image. 
Lorsque je réalise un collage, je me sens comme un compositeur visuel.