« Acciones para recordar » (Actions pour se rappeler) Photographies de Karina JUAREZ.

Le titre d’une série est révélateur, il éclaire l’intention de l’artiste, il vous guide et vous force à vous interroger sur le pourquoi des oeuvres que vous avez devant les yeux,

Ce corpus d’images aurait pu très bien se nommer « métaphores de l’intime » ou bien « actions pour oublier » ou encore « métamorphose »

Il y a de la douleur dans les photographies que nous donne à voir Karina JUAREZ mais aussi une forme d’apaisement ; un moment de calme juste après une tempête.

L’artiste s ‘appuie sur ses mises en scène photographiques pour exhumer ce qu’elle cache au plus profond d’elle, pour mieux exorciser ses démons et pour pouvoir renaître.

Karina Juarez s’approprie avec détermination la possibilité de reposer la question de la fonction du corps, de son propre corps, dans l’espace de la représentation. Le corps est ici proposé comme un support de narration, comme incarnation, il devient prétexte pour réunir un ensemble de signes – plissures, blessures, cicatrices – qui abordent métaphoriquement le thème sexuel qui tourmente l’artiste.

Les natures mortes fonctionnent quant à elle en dialogue, en diptyques avec les images du corps de l’artiste mis en scène. Elles sont métaphores de la métamorphose à laquelle nous sommes invité à assister. Teintées de mélancolie, elles laissent cependant entrevoir de nouveaux horizons.

L’ensemble de ces métaphores photographiques sont les figures de style qui caractérisent l’intentionnalité de l’artiste. Elles représentent la rhétorique de l’image qu’use ici la photographe pour lui permettre de libérer son discours et, par le biais de ces fictions, de l’aider à redéfinir la réalité.

Sous nos yeux, Karina JUAREZ change littéralement de peau.

Elle nous propose de devenir voyeur de sa propre renaissance par le biais d’un rituel de purification. Ce rituel devient l’expression du corps dans un espace exclusif où l’interaction entre la photographiée et le dispositif de la photographie donne l’image de cette identité changeante.

« Acciones para recordar » fonctionne comme une transmutation du réel par la photographie. Nous sommes témoins de cette alchimie par cette succession de tableaux photographique, véritables actes initiatiques, qui fait que le corps change de substance et passe d’une nature vile à une nature noble.

Femme avant tout, Karina JUAREZ serait dans l’impasse si elle n’était pas cette jeune artiste photographe qui met en scène ses « traumas ». Elle vous invite dans son intimité pour mieux rebattre les cartes, déconstruire et reformuler. Elle touche une réalité d’ordre anthropologique, universelle : la fragilité et le processus de reconstruction de l’être humain.

L’œuvre de Karina JUAREZ, qui se construit sous nos yeux, s’affirme en mobilisant des stratégies modestes, du silence, du retrait. Caractéristiques, comme nous le fait remarquer Dominique BAQUÉ, qui constituent : « une part non négligeable des productions artistiques contemporaines qui choisissent ainsi de donner à penser plus qu’à voir »

Patric CLANET

Co-directeur de NEGPOS