REGARDS SUR LA VILLE
Groupe de Recherche Regards sur la Ville
Du 18 octobre 2024 au 31 janvier 2025
À la faculté d’éducation de Nîmes, 62 rue Vincent Faïta, 3000 Nîmes.
À voir en avant première le vendredi 18 octobre dès 8h30 du matin.
Inauguration officielle prévue le 25 novembre 2024.
NATURES EN VILLE
Notre festival « Les Villes Invisibles » trouve en cette 5ème édition l’occasion, spontanée et collective, par la convergence de propositions diverses d’évoquer l’architecture vernaculaire singulière de notre territoire et la place de ce que nous nommons « nature » dans le contexte urbain. Son sous-titre Natures urbaines, ou mieux dit : notre environnement urbain, se veut une évocation humaniste et multi-sources de préoccupations citoyennes composées par l’apport de notre invité d’honneur, Marc Pataut, photographe français de premier plan, ancien membre du collectif Grapus, dont une rétrospective a récemment été montrée au Jeu de Paume (Paris, 2019), par la mission Regards sur la Ville des photographes membres de NegPos Centre d’art et de photographie de Nîmes, par les enfants du MakerSpace NegPos, par les participants au concours ArtXiNîm mais aussi d’associations telles que le comité de quartier Gambetta. Du Cornillon, territoire en friche qui a servi à l’aménagement du Grand Stade de France à Saint Denis, aux personnes qui l’occupaient dans des formes d’habitats précaires, de la petite plante qui se fraie son espace dans les murs et les sols de nos villes aux arbres centenaires qui peuplent nos boulevards nîmois, sans qui nous ne pourrions survivre à la chaleur implacable de l’été, des animaux du zoo de Montpellier aux architectures d’ombre et de lumière, la « nature » comme le dit Philippe Descola « ça n’existe pas » !
« La nature, je n’ai cessé de le montrer au fil des trente dernières années : la nature, cela n’existe pas. La nature est un concept, une abstraction. C’est une façon d’établir une distance entre les humains et les non- humains qui est née par une série de processus, de décantations successives de la rencontre de la philosophie grecque et de la transcendance des monothéismes, et qui a pris sa forme définitive avec la révolution scientifique. La nature est un dispositif métaphysique, que l’Occident et les Européens ont inventé pour mettre en avant la distanciation des humains vis-à-vis du monde, un monde qui devenait alors un système de ressources, un domaine à explorer dont on essaye de comprendre les lois. (…) On voit que la nature n’est pas un domaine d’objets en tant que tel. C’est une construction qui permet de donner une saillance à tout ce à quoi le concept est opposé. Donc, on va parler de la nature et de la société, de la nature et de l’homme, de la nature et de l’art, de la nature et de la religion,… Heidegger avait bien mis en évidence que la nature est une sorte de boîte vide. »
Philippe Descola
(extraits de l’interview disponible sur le site Reporterre
Alors venez avec nous vous promener dans cette ville invisible où les regardeurs vous font voir ce que vous ne voyez peut-être plus ou mal. Rejoignons l’analyse de Myriam Bouhadanne-Raynaud, tentons ensemble de construire une ville où il fera bon respirer, bon vivre, une ville sensible et inclusive.
Patrice Loubon Directeur du Festival
Les Villes Invisibles NegPos Centre d’art et de photographie de Nîmes
ÉPHÉMÈRE
J’ai choisi de travailler sur le cimetière protestant de Nîmes. Je m’intéresse beaucoup au paradoxe et à la dualité de la vie. Avec leurs portées symboliques, les arbres et les cimetières permettent de travailler sur les rapports bien sûr du vivant et de la mort. Cependant, dans le cadre du projet « Regards sur la Ville 2024 », je souhaite surtout me concentrer sur les rapports végétal/minéral, horizontalité/verticalité, absence/présence.
En tant que photographe documentaire, mon travail se porte naturellement sur les lieux de mémoire. Le cimetière protestant est à la fois un symbole historique pour la communauté protestante, mais est également un marqueur dans le pays d’un changement sociétal considérable. En dehors de toute considération cultuelle, le cimetière protestant de Nîmes, avec tout son bagage historique, a davantage un rapport à la vie qu’à la mort.
Afin d’appuyer le rapport à la nature et la dimension transitoire de la vie, je voudrais créer des tirages photographiques appelés « Anthotypes » dont le matériel photosensible est fait à partir de plantes. Le résultat ne sera pas des images en noir et blanc mais teintées de la couleur du jus des plantes choisies. Cela rend le travail écologique et potentiellement éphémère s’il se trouve en contact avec la lumière du soleil. Ces propositions artistiques et symboliques offrent à chacun une liberté d’interprétation très vaste. Or n’est-ce pas là l’objet de la photographie ? Donner un espace de liberté à tous.
Le cimetière protestant de Nîmes est à l’image de cette liberté recherchée : la diversité de son esthétique, sa végétation plus ou moins contrôlée, sa place dans l’histoire, révèlent un lieu d’une rare beauté et pour le photographe, un lieu comportant une certaine magie, il faut bien l’avouer.
Fabrice JURQUET
J’ai souhaité aborder ici le végétal comme un élément perturbant l’urbanisme de la ville. J’explore le végétal qui jaillit du béton, du goudron, qui jaillit dans les bouches d’égout et sur les trottoirs. Il est présent partout à notre insu. Ce végétal va donner naissance à des compositions graphiques imprévues.
Gwénaëlle BOURRIAUD
DERNIÈRES PERCEPTIONS DE LA NATURE DU STADE DE L’ASSOMPTION
Le Stade de l’Assomption, un des rares poumon vert du sud de Nîmes, va bientôt disparaitre. En effet, le prolongement de la Voie Urbaine Sud est en pleine réalisation pour désengorger l’intense circulation de l’avenue du président Salvador Allende. Une première partie, déjà réalisée, démarre du rond-point Paul Emile Victor pour se terminer au Chemin de la tour de l’Évèque. Le tronçon N°1, actuellement en construction, débute à la Pépinière Pichon, maintenant elle même disparue, pour se terminer à la Route d’Arles . Ce tronçon doit traverser la partie nord du stade de l’Assomption en biais et de ce fait, grandement endommager cet ilot de verdure. Mon projet sur les arbres et la nature de ce petit carré de verdure est d’explorer pendant 1 année le ressenti, la quiétude, l’observation des détails vus et perçus par les promeneurs de ce parc.
Marcelle BOYER
ARBRES DANS LA VILLE
Ils sont là, ou non, ils ont été négligés, supprimés, abattus, jusqu’à ce qu’on éprouve l’absolue nécessité de les préserver, de les choyer, de les réintroduire car ils sont devenus un élément vital pour notre survie : les arbres.
Les arbres dans la ville, par leur présence sont des témoins, des acteurs, des marqueurs de nos existences nous raccordant comme un cordon ombilical à cet écosystème que l’on appelle simplement la vie, avec lesquels nous partageons un destin commun.
Jocelyn BANABERA
LA COMPLAINTE
Bichonnés, taillés, attaqués, remplacés, la vie des arbres au niveau du sol, n’est pas toujours rose, mais au moins ils se touchent, vibrent ensemble, interférent par leurs racine ; mais qui peut imaginer la détresse de la plante ou de l’arbre sur un balcon ou une terrasse. La plupart tombent amoureux de la gouttière qui se trouve à leur côté, mais celles-ci se dérobent. Chantez avec nous la complainte de l’amour impossible entre l’arbre et la gouttière.
Christian COITE
MICOLOULIERS ET ARBRES DE JUDÉE
Micocouliers (Alisiers pour les Nîmois) et arbres de Judée sont plus que le palmier, les arbres emblématiques de notre ville. Arbres austères, ils savent résister à la chaleur et la sécheresse et sauront donner une ombre profonde en été. Il est marquant comme leurs troncs sombres deviennent presque noir quand la pluie s’abat sur la ville.
Micocouliers et arbres de Judée semblent se refuser à la domestication, l’un ne supportant pas l’élagage et l’autre choisissant la moindre rocaille avec un peu de terre pour faire un surgeon qui donnera un arbre tortueux à la recherche du meilleur rayon de soleil.
C’est au printemps que les deux arbres redonneront avec un vert pale et un pourpre rosé, ses couleurs à la ville. C’est le moment où il faut lever les yeux pour regarder le soleil aux pieds de leurs troncs et à travers leurs branchages.
Frédéric DESCHAMPS
REGARD'ARBRE
L’arbre occupe une place majeure dans l’histoire et l’environnement de l’humanité. Parmi les éléments vivants il est, pour certaines espèces, celui qui a la plus grande taille et la plus grande longévité. L’arbre est à la fois un repère spatial et temporel. Sa verticalité, qui fait le lien entre terre et ciel, lui a donné un caractère sacré. Il nous procure nourriture, protection, bien être tout en nous fournissant des médicaments et des matières premières nécessaires à nos activités. Tout autant de bienfaits qui nous rendent l’arbre indispensable. Mais il semblerait qu’il soit tout aussi indispensable à ses semblables. Car il existe entre les arbres une communication souterraine et des échanges qui leur sont vitaux, une forme de vie sociale et de solidarité. Pourtant nous le considérons bien souvent comme un simple élément architectural décoratif ou utilitaire sans se soucier de ses besoins. Plutôt qu’aux arbres remarquables de la ville, par leur beauté, leur essence, leur histoire, j’ai voulu rendre hommage, au travers de ces portraits, à ces arbres qui sont plantés et isolés dans un espace minéral et artificiel, comme le sont les zones commerciales et périurbaines, et à qui nous infligeons des contraintes et des agressions liées à nos modes de vie, de loisirs et de consommation. Ils méritent aussi notre regard et notre respect.
Chantal AURIOL
